Connaissances,  Psychologie,  Relations sociales

La réussite par l’identité sociale

Qui se ressemble s’assemble. N’avez-vous jamais remarqué à quel point vous étiez proches, d’une manière ou d’une autre de vos amis ? A quel point les affinités nous rapprochent ? On voit même ces propriétaires de chien ressemblant de plus en plus à leur animal. Oui, comme le disait Platon « l’être humain est un être social » et de ce fait il tend vers la création et le développement d’une identité commune : une identité sociale. Et c’est une clé importante pour comprendre autrui, interagir avec les autres et peut-être réaliser ses rêves.

Modèle de l’identité socialele

D’où vient le concept ?
Le psychologue Henri Tajfel a développé vers 1970 la théorie de l’identité sociale selon laquelle les individus essaient de se créer une identité sociale positive et favorise le groupe auquel ils appartiennent et le considère comme meilleur que les autres groupes. Il théorise et légitime ainsi la notion de triviale de « piston ».

Selon cette théorie, la simple présence d’un autre groupe est une cause suffisante pour produire une différenciation intergroupe, même en l’absence de toute compétition entre eux. Il suffit qu’un groupe se perçoive comme différent d’un autre pour que cette différenciation se déclenche. La forme de cette différenciation peut varier. 

De façon générale, ce modèle rend compte des dynamiques psychologiques activées lorsque l’individu se définit dans les termes d’une appartenance à un groupe. L’identité sociale ne doit pas être confondue avec l’identité culturelle qui est l’adhésion plus ou moins forte d’une personne aux valeurs et prescriptions d’une culture.
Les expériences
Tajfel voulait démontrer que les individus d’un groupe favoriseraient les membres de leur groupe quel que soit le facteur les rassemblant, même s’il n’y avait pas d’enjeu, même si ce facteur était « ridiculement » futile. Dans une série d’expériences, il réunissait des étudiants, leur posait des questions, et leur apprenait qu’ils appartenaient au groupe 1 ou au groupe 2. Parfois de façon tout-à-fait arbitraire, parfois par préférence d’un tableau de Kandinsky ou de Klee ; ces étudiants ainsi répartis ne devaient pas dire aux autres le groupe auquel ils appartenaient. On leur remettait alors des sommes d’argent virtuel à donner à leurs camarades qu’ils ne connaissaient pas. Sans connaitre les groupes, la répartition des sommes données était homogène : sans moyen de distinction, sans affinités ou identité commune, chaque étudiant recevait à peu prés la même somme totale de la part de ses camarades. Mais lorsqu’on révélait les groupes et que ceux-ci se constituaient, Tajfel remarquait que les individus donnaient beaucoup plus aux membres de leur propre groupe, les favorisaient, les pistonnaient en quelque sorte.

Processus de l’identité sociale

Tajfel en 1979, puis aidé de son collaborateur John Turner en 1985, décrivait 3 phases dans le processus de favorisation.
1 La catégorisation sociale :
Un processus qui consiste à regrouper en catégories des individus et des groupes d’individus semblant présenter des caractéristiques sociales communes afin de créer une image structurée d’une réalité sociale. Même si ça ne tient à pas grand-chose, il y a nécessité d’avoir une distinction entre groupes créant alors un « ingroup » (le groupe d’appartenance) et un « outgroup » (les autres).
2 L’auto-évaluation à travers l’identité sociale : 
C’est l’évaluation par l’individu de son propre groupe par comparaison sociale avec d’autres groupes, sur base de caractéristiques et attributs importants. Ici, l’individu va chercher à valoriser son groupe et à se persuader que celui-ci, et par extension les membres qui le composent, sont les meilleurs, les plus proches, les plus semblables.
3 La comparaison sociale intergroupe : 
Un processus interpersonnel (c’est-à-dire que les individus se comparent prioritairement à d’autres personnes plutôt qu’à d’autres groupes) mais la réduction de l’incertitude éprouvée ne semble être de mise que lorsque la comparaison est faite avec d’autres personnes. La tension, l’hostilité et les préjugés intergroupes ne sont que des conséquences d’actions principalement motivées par le désir de marquer les différences entre des groupes sociaux. Au-delà de penser que son groupe est le meilleur, l’individu va se persuader que les membres de l’autre groupe, réduisant ces derniers à leur appartenance groupale, sont moins bien.

Favoriser son propre groupe dans la distribution de ressources rares ne sert pas simplement à promouvoir ses intérêts, mais surtout à produire une différence de statut et de prestige social en faveur de celui-ci. Et oui, en favorisant son groupe l’individu offre plus à ce dernier ce qui justifie la pensée que son propre groupe est « mieux ». Un individu « essaiera de maintenir son appartenance à un groupe et cherchera à adhérer à d’autres groupes si ces derniers peuvent renforcer les aspects positifs de son identité sociale » (Tajfel, 1972). L’identité sociale ne peut être dissociée de l’identité personnelle qui est le produit de la socialisation et de l’expérience vécue par les individus tout au long de leur vie, et qui permet la construction du “Soi”, la conscience de soi et la différenciation entre les individus.
 

 

Au fil des années, la théorie de l’identité sociale est devenue un des cadres de références majeurs pour expliquer les comportements intergroupes. Les concepts mis en évidence par Tajfel et Turner ont ainsi été intégrés dans de nouveaux modèles et théories afin d’expliquer par exemple des comportements de foule tels que les émeutes et le hooliganisme. 

Au quotidien ?

Vous appartenez à de nombreux groupes et vous appliquez cette solidarité sans presque jamais le savoir. Vous êtes d’un certain âge, vous avez une nationalité, une région et une ville d’origine, un sexe particulier, un niveau d’étude particulier … Mais l’autre aussi. Que vous cherchiez à séduire, à négocier, à recruter ou être recruté, vous cherchez ces points communs, et l’autre aussi. Par la création ou la mise en lumière d’une identité commune, d’une identité sociale, vous créez des affinités qui génèreront des avantages en votre faveur, en la sienne, et par extension en faveur de votre groupe commun.

Bien sûr, on pourrait se rapprocher de la manipulation en inventant des points communs qui n’existent pas : à chacun son éthique. Mais l’être humain est tellement riche qu’il est souvent simple de se trouver des affinités en cherchant un peu. Mais pour cela il faut écouter et accepter d’aller à la rencontre de l’autre : c’est là l’un des secrets les plus importants pour faire décoller sa vie.

Mon expérience

Après avoir un peu appris, j’ai eu envie de transmettre. J’ai créé un organisme de formation et tentais de trouver des clients à former. J’ai prospecté et malgré mes efforts je n’obtenais que quelques miettes mais pas de gros clients. J’avais des rendez-vous mais j’étais ou trop jeune, trop cher, pas assez cher, pas assez diplômé, pas assez expérimenté. On préférait les autres et je n’avançais pas. En étudiant cette théorie, je me suis mis, non plus à parler de moi lors de ces rendez-vous, mais à écouter l’autre, à le découvrir, à les rencontrer : et tout a changé.

 

J’avais rendez-vous avec le directeur des ressources humaines d’une très grande entreprise française. J’étais petit et ils étaient énormes : aucune chance de décrocher le marché en comparaison des mastodontes du secteur contre qui je me battais. Le directeur me reçut aimablement, étudia ma proposition, se recula dans son fauteuil, inspira longuement. Mon ventre se serrait. Je sentais à son visage que la réponse ne me plairait pas. « Nous avons dans notre ADN la volonté de chercher les meilleurs » me dit-il : ça y est j’avais perdu … « Votre proposition est intéressante mais notre groupe a des besoins que je ne pense pas que vous soyez en capacité de fournir » : tout était fini, une fois de plus ce gros poisson n’entrerait pas dans mes filets. Alors qu’il continuait à m’éconduire poliment, mon regard se perdait sur la décoration chaleureuse de son bureau : des bibelots choisis avec goût, un trophée de golf, des photos de famille. Sur un meuble bas, près d’un sofa, se trouvait un cadre contenant un diplôme. Je connaissais ce diplôme. Il s’agissait de l’attestation sanctionnant la formation « anima » de formateur dispensé par la Jeune Chambre Économique, une association à laquelle j’avais appartenu il y a quelques temps. J’avais aussi fait cette formation ! « Vous comprenez que la compétence des formateurs que nous prenons est primordiale pour nous, et nous tenons à nous assurer de leur professionnalisme » m’asséna-t-il. « Je me doute Monsieur qu’une entreprise comme la vôtre est obligée de faire grand cas de la formation de ceux avec qui elle s’engage. J’en veux pour preuve votre très beau parcours personnel ainsi que les écoles prestigieuses que vous avez fréquentées. Je n’ai pu m’empêcher de remarquer que vous aussi avez fréquenté la JCE » lui dis-je en montrant du doigt son diplôme. « moi-même ai suivi cette formation en 2002 à Bergerac et c’est là que j’ai, non seulement appris le métier de formateur suivant vos pas, mais aussi que j’ai compris que c’est de la diversité que nait la richesse et de la passion que nait la performance. Ne pensez-vous pas ? » lui dis-je en souriant. Il ouvrit des yeux ronds et un sourire se dessina sur son visage. « Bergerac ? Moi je l’ai eu à Dax ! » il me répondait gentiment et tout son corps s’ouvrait : il quittait le fond de son fauteuil pour se rapprocher de son bureau et de moi, il m’offrait plus que de la considération, il m’offrait de l’identité commune. 

Après une trentaine de minutes à échanger sur nos expériences dans notre parcours commun et à ressembler à des anciens combattants relatant leur gloire passée, il me dit enfin : « Bon, nous nous vantons d’être des précurseurs ! Encore faudrait-il le prouver. Puisque dans notre association on se tutoie j’ai une question pour toi : tu peux commencer quand ? »

Voilà comment j’ai eu mon premier gros client : en écoutant, en regardant, en échangeant, en étant juste moi et en raisonnant avec ce qui était juste lui. Nous nous sommes rappelé que nous avions une identité commune, une identité sociale.

En conclusion

Sans chercher à tricher ou à mentir, il est facile de trouver des points communs avec autrui même si tout est fait dans notre société pour nous diviser. Les supporters de deux équipes différentes ne se rendent ainsi que très rarement compte qu’ils aiment le même sport. Rester à l’écoute en montrant les points communs sera toujours plus payant que de montrer les différences. En drague, en affaire ou à la maison, c’est l’identité sociale qui favorise le consensus et éloigne le conflit. 

Alors allez-y ! Exprimez votre identité et allez à la rencontre de l’autre. Vous favoriserez et vous serez favorisé.  Quelles que soient vos passions et tout ce qui caractérise ce que vous êtes, exprimez-le, pleinement, et de façon bruyante.

N’oubliez pas qu’au minimum nous avons un point commun : nous vivons …

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